Certificat universitaire en psychotraumatologie

Une nouvelle session de formation en psychotraumatologie délivrant un Certificat Universitaire démarre le 14 septembre 2018. Elle se déroulera sur deux années académiques (2018-2020). Elle aura lieu à Namur, Espace kegeljan (Avenue de Marlagne 52, 5000 Namur)

Présentation de la formation

La formation est organisée conjointement avec l'Université de Liège. Elle s’étend sur deux années académiques  et donne lieu à un Certificat Universitaire en Psychotraumatologie (60 crédits). Cette formation peut être étalée sur trois années, la troisième année étant alors consacrée aux supervisions collectives et individuelles et à la rédaction du mémoire de fin de certificat. 

La formation se compose d'une partie axée sur la théorie et le diagnostic du psychotrauma. Différentes perspectives et aspects y sont exposés pour permettre au participant d’avoir un éclairage nuancé et articulé autour du concept de psychotrauma, de l’importance de l’aspect relationnel dans le développement de syndromes post-traumatiques, ainsi qu’une solide base diagnostique de l’ESPT , du trauma complexe et du trouble dissociatif. 

Les parties suivantes seront consacrées à la présentation et l'acquisition d’approches cliniques spécifiques favorisant le traitement du psychotrauma. Ces outils suivent les étapes développées par le modèle de Pierre Janet : phase de stabilisation et réduction des symptômes, phase de confrontation au trauma et phase d’intégration. 

Les journées de formation aux dates indiquées  dans le programme ci-après, les vendredis de 9h à 17h et les samedis de 9h à 13h (les horaires peuvent être prolongés le samedi pour un ou deux modules précis, un agenda précis sera remis à chaque participant). 

Conditions particulières d’accès/public cible

Cette formation s’adresse aux personnes détentrices d’un master en psychologie clinique (ou diplôme jugé équivalent) et ayant une pratique professionnelle de minimum un an qui sera évaluée par la commission d’admission. Les psychologues doivent être inscrits à la Commission Belge des Psychologues. Les personnes intéressées sont invitées à prendre contact avec les responsables de la formation pour examen de leur candidature par l'entretien d'admission. La candidature doit comprendre un curriculum vitae reprenant leur numéro d’agrément accompagné d’une lettre de motivation. Les candidatures peuvent être envoyées à info@bipe.be

Coût de la formation 

Le prix global de la formation est de 3400 € (sous réserve) comprenant les inscriptions aux deux années académiques, soit 1700 €/an. Ce montant ne comprend pas les supervisions individuelles et collectives ni le montant de l’entretien d’admission fixé à 70€. 

 

 

Programme de la formation 
Première année : septembre 2018 - juin 2019 (30 crédits soit 8 modules) :

Module 1 : Introduction au traumatisme psychique : perspective historique et épidémiologique (14 et 15 septembre 2018) - 10 h

Ce module d’introduction propose d’une part de se pencher sur l’origine de l’intérêt pour la question du traumatisme psychique au travers de quelques repères historiques depuis les précurseurs dans l’Antiquité jusqu’à la reconnaissance clinique actuelle du stress post-traumatique, en passant par la découverte de l’inconscient traumatique et l’apport de la psychiatrie dans le domaine militaire.

 

D’autre part, le module aborde l’épidémiologie de l’état de stress post-traumatique, les facteurs de risque, la comorbidité, la neurologie, la génétique et l’épigénétique.

 

Caroline BOLAND : psychologue, psychothérapeute systémicienne et familiale,  psychotraumatologue.

Professeur Eric CONSTANT : psychiatre, professeur de psychiatrie à l’UCL et chef de clinique associé aux Cliniques Universitaires de Saint-Luc.

Module 2 : Psychodiagnostic de l'état de stress post-traumatique et du traumatisme psychique complexe (12 et 13 octobre 2018) - 10 h

Ce module aborde les différents types de traumatisme psychique. L’objectif est de distinguer plus finement l’état de stress post-traumatique et le traumatisme complexe (symptomatologie, causes, conséquences…). Ensuite, la question du diagnostic est approfondie au travers d’outils, du type de public (adulte, enfant), de l’anamnèse et du setting spécifiques d’entretien.

S’en suit une introduction à la première phase du traitement du trauma, celui de la stabilisation et de la réduction des symptômes à l’aide d’outils d’évaluation et de la psychoéducation. Cette phase est essentielle pour préparer minutieusement le travail de confrontation au matériel traumatique.

Ce module comprend au préalable une lecture obligatoire d’articles relatifs aux différents modèles théoriques du traumatisme psychique et aux concepts de la psychoéducation dans le traitement thérapeutique.

Caroline BOLAND : psychologue, psychothérapeute systémicienne et familiale spécialisée en constellations familiales, psychotraumatologue.

Françoise DETOURNAY : psychothérapeute, psychotraumatologue, hypnothérapeute, spécialisée en psychothérapie du trauma complexe et dissociation structurelle, praticienne EMDR.

Module 3 : Trauma aigu et intervention de crise (14 et 15 décembre 2018) - 10 h

Ce module aborde les thèmes suivants : différence entre stress et trauma, réactions immédiates, post-immédiates et différées, principes et mise en place d’interventions immédiates et post-immédiates, prévention et traitements des troubles psychotraumatiques, travail avec le réseau, élaboration d’un protocole d’intervention en situation de crise, l’implication émotionnelle de l’intervenant…  Dans son approche, le formateur vise le plus possible l’interactivité avec les participants et la mise en situation.

Etienne VERMEIREN : psychologue, criminologue, psychothérapeute d’orientation conjugale, familiale et systémique, expert en psychologie.  Responsable du Centre de Référence pour le Traumatisme Psychique aux Cliniques Universitaires Saint-Luc à Bruxelles. 

Module 4 : Diagnostic des troubles dissociatifs complexes (18 et 19 janvier 2019) - 10 h

Ce module introduit un concept-clé dans la compréhension des manifestations psychotraumatiques : celui de la dissociation structurelle. Sa prise en compte est essentielle pour la mise en place d’un processus thérapeutique adapté à cette problématique et pour connaître les modalités de travail pour aborder les troubles qui y sont liés. Les formateurs abordent la nature des troubles dissociatifs et les formes que prend la symptomatologie dissociative, la comorbidité, également des notions d’épidémiologie, d’étiologie. L’objectif est aussi de permettre aux participants de poser les bases d’un diagnostic positif et différentiel.

 

Françoise DETOURNAY : psychothérapeute, psychotraumatologue, hypnothérapeute, spécialisée en psychothérapie du trauma complexe et dissociation structurelle, praticienne EMDR.

 

Serge GOFFINET : Psychiatre, psychanalyste, psychothérapeute familial et systémique.

 

Manoëlle HOPCHET : psychologue clinicienne, thérapeute psychotrauma (NtVP), spécialisée en psychothérapie du trauma complexe et des troubles dissociatifs, superviseur EMDR, thérapie orientée sur le transfert pour les troubles de personnalité . Ancienne présidente de la société européenne du Trauma et la dissociation. Vice-présidente de l'association francophone du trauma et de la dissociation.


Module 5 : Attachement, développement socio-émotionnel et trauma relationnel (1 et 2 février 2019) - 10 h

Ce module permet d’accéder à une première compréhension de l’importance de l’attachement dans la construction et le développement socio-émotionnel du sujet. Ces concepts théoriques permettent de comprendre l’impact des traumas liés à l’attachement sur le développement socio-émotionnel du sujet à long terme. Sont présentés les différents types de traumas liés à l’attachement, également des pistes de prévention et d’intervention dans le travail thérapeutique pour promouvoir la résilience.

Alexandra DEPREZ : Docteure en psychologie clinique spécialisée dans l’attachement et psychopathologie périnatale, travaux de recherche sur le maintien du lien en protection de l’enfance, psychothérapeute auprès de familles.

Module 6 : Aspects psychanalytiques du trauma, du transfert et du contretransfert dans la relation thérapeutique (15 et16 février 2019) - 10 h

Dans un premier temps, ce module présente les aspects psychanalytiques du traumatisme psychique pour comprendre comment l’effraction du trauma opère au sein du sujet. Plus précisément, il est question des mécanismes de survie psychique et leurs effets. Dans un second temps, ce module poursuit sur les notions clés de la relation thérapeutique que sont le transfert et le contre-transfert en les articulant à la spécificité du traitement du traumatisme complexe. Mais aussi, il est proposé d’explorer la question du traitement à partir d’une perspective psychodynamique.

Jacques ROISIN : docteur en psychologie, psychanalyste et chargé de cours à la Faculté de Droit et Criminologie de l’Université de Louvain. Ses enseignements concernent la victimologie ainsi que la dégradation des conflits sociaux en crimes de masse et génocide. Il travaille depuis de nombreuses années dans le domaine de l’aide aux personnes traumatisées et aux exilés. Auteur de : ‘René Magritte. La première vie de l’homme au chapeau melon’ et ‘Dans la nuit la plus noire se cache l’humanité’

Manoëlle HOPCHET : psychologue clinicienne, thérapeute du psychotrauma (NtVP), spécialisée en psychothérapie du trauma complexe et des troubles dissociatifs, superviseur EMDR, et thérapeute de la thérapie orientée sur le transfert pour les troubles de personnalité. Ancienne présidente de la société européenne du trauma et la dissociation (ESTD), vice présidente de l'association francophone du trauma et de la dissociation (AFTD) .

 

Module 7 : Stabilisation et régulation de l’affect : approches hypnotiques et techniques d’imagerie (15 et 16 mars 2019) - 10 h

A partir de ce module, la formation s’ouvre sur des dispositifs et outils thérapeutiques plus pratiques. Ce module donne accès à de nombreux outils thérapeutiques, issus de l’hypnose et des techniques d’imagerie, qui visent à augmenter la capacité intégrative du patient, à gérer les affects perturbants, à lui donner accès à plus de contrôle et de sécurité. Tous ces objectifs correspondent à la phase de stabilisation à partir de laquelle va s’amorcer la régulation des émotions, des sentiments de sécurité, d’espoir et d’estime de soi.

Françoise DETOURNAY : psychothérapeute, psychotraumatologue, hypnothérapeute, spécialisée en psychothérapie du trauma complexe et dissociation structurelle, praticienne EMDR

Module 8 : Stabilisation et régulation de l’affect : techniques corporelles (26 et 27 avril  2019) - 10 h

Ce module approfondit la notion de stabilisation du traitement des traumatismes complexes par phase (Steele, van der Hart, & Nijenhuis, 2005). Il explique le modèle de la Fenêtre de Tolérance (Siegel, 1999) et de la Théorie Polyvagale (Porges, 2009) pour comprendre et identifier quand un patient est en hyper ou hypo-activation émotionnelle et développer les ressources de régulation.

Les principes de base de la Psychothérapie Sensorimotrice (Ogden, Minton & Pain, 2006) seront abordés. L’utilisation du corps pour mieux intégrer les ressources de régulation émotionnelle ainsi que l’utilisation du travail sur les ressources (Phase 1) pour aider le patient à rester dans sa fenêtre de tolérance et préparer le travail de confrontation au matériel traumatique (Phase 2) font partie des objectifs du module. Théorie et exercices pratiques alterneront.

Raphaël GAZON : psychologue et psychothérapeute. Il est praticien, formateur et superviseur en psychothérapie cognitivo-comportementale et en Psychothérapie Sensorimotrice. En 2012, il crée le centre PEPS-E qui propose des thérapies spécialisées dans le traitement des problèmes de régulation émotionnelle. Depuis plus de 15 ans, il développe des programmes de suivis spécialisés, en individuel et en groupe, pour les personnes présentant des troubles de la personnalité et/ou des traumatismes complexes. Par ailleurs, il supervise et donne des formations sur les troubles de l’attachement, les traumatismes psychiques et la clinique des émotions.

Journée d'intégration (24 mai 2019) - 6 h

Pour permettre aux participants d’intégrer les principes théorico-pratiques relatives à la phase de stabilisation du traitement thérapeutique, cette journée est consacrée à des travaux réalisés en sous-groupes à partir de cas concrets et d’exercices. C’est également l’occasion pour les participants d’approfondir des points de la matière par une séance de questions-réponses.

Manoëlle HOPCHET : psychologue, psychotraumatologue , Superviseur EMDR, Thérapie orientée sur le transfert.
Samira Kholti : psychologue, psychothérapeute et psychotraumatologue


Deuxième année : septembre 2019 - juin 2020 (30 crédits)

Les modules 9 et 10 sont consacrés à la formation d’outils thérapeutiques favorisant la confrontation au matériel traumatique qui constitue la deuxième phase du traitement du traumatisme psychique.

Module 9 a : Approche comportementale de confrontation du psychotraumatisme  (20 septembre 2019) - 6 h

Lectures préparatoires.

Adélaïde Blavier, docteur en science psychologiques, DES en expertise psychologique, chargée de cours à l'Université de Liège. 

 

Module 9 b : Techniques de confrontation comportementale  et rescénarisation des images intrusives (04 et 05 octobre 2019) - 14 h

Grazia Ceschi, docteur en psychologie, Maître d'enseignement et de recherche au sein de l'unité de psychologie clinique des émotions et du traumatisme à l'Université de Genève.


Module 10 : Approche hypnothérapeutique de confrontation au matériel traumatique (25 et 26 octobre 2019) - 10 h

Ce module, comme le précédent, propose des outils thérapeutiques issus du champ de l’hypnose formelle et conversationnelle qui favorisent la confrontation. Après une présentation de ces approches spécifiques, il est proposé d’apprendre à favoriser des ancrages chez le patient pour permettre une confrontation sécurisée  aux souvenirs traumatiques en hypnose (ancrages du patient, ancrages du thérapeute). Les autres techniques présentées visent une confrontation progressive : techniques dissociatives, retour à la safe place, transformations, changement de scénario…

Amélie SIMON : Psychologue et formatrice dans les domaines de l’hypnose conversationnelle, la thérapie brève stratégique et la Thérapie Brève du Trauma (TBT)

Module 11 : Trauma et système familial (22 et 23 novembre 2019) - 10 h

Ce module vise à familiariser les participants à l’approche systémique comme ressource dans l’accompagnement des personnes traumatisées et/ou de leurs familles. Il s’attache, entre autres, à explorer l’onde de choc que peut être le traumatisme sur la famille mais aussi les effets de la circularité entre la souffrance d’un individu et les répercussions familiales de cette souffrance. Par ailleurs, il est également question de distinguer les différents types de traumatismes familiaux, notamment ceux qui trouvent leurs origines au sein même des familles et/ou qui touchent l’ensemble de ses membres, sur plusieurs générations parfois. Dans une seconde partie, sont discutés des points de repères dans la prise en charge des familles et dans le setting thérapeutique.

Ce module exige une lecture préalable d’articles relatifs aux spécificités de l’approche systémique : patient désigné, systèmes d’appartenance, circularité, fonction du symptôme.

Berna SENAY : psychologue, psychothérapeute systémicienne et de famille à l’Entraide des Marolles, service psychologique, spécialisée dans les questions de maltraitances intrafamiliales et dans leurs prises en charge.

Journée d'intégration (13 décembre 2019) - 6 h

Cette journée basée sur des travaux en sous-groupes et exercices pratiques est consacré aux matières présentées durant les modules relatifs à la phase de confrontation du traitement thérapeutique.

Caroline BOLAND : psychologue, psychothérapeute systémicienne et familiale spécialisée en constellations familiales, psychotraumatologue.

Françoise DETOURNAY : psychothérapeute, psychotraumatologue, hypnothérapeute, spécialisée en psychothérapie du trauma complexe et dissociation structurelle, praticienne EMDR.

Module 12 : Intégration du traumatisme psychique (24 et 25 janvier 2020) - 10 h

Le travail thérapeutique autour du traumatisme psychique se conclut par l’intégration du trauma ou plus précisément par le deuil de ce qui est perdu ou transformé.  Lors de cette dernière étape de la formation, les participants sont invités à explorer les différentes phases du deuil à partir des outils du Journal Créatif et des techniques de carnet d’artistes.  L’atelier du Journal Créatif ou Carnet de deuil est une forme de rite de passage symbolique où la voie de l’imaginaire permet une rencontre avec les différents moments de l’histoire d’un deuil. La création de pages artistiques a pour intention d’exprimer, d’explorer, de vivre le deuil en profondeur grâce à la mobilisation de nos images intérieures, mais aussi de permettre une libération et une intégration, tout en honorant la valeur sacrée que peut représenter la perte. Ainsi, la mise en mots, en images, en formes du vécu du deuil installent, page après page, une certaine sérénité intérieure. Le carnet devient un véritable livre objet symbolisant le travail psychique réalisé.

Nathalie Hanot : psychologue et formatrice spécialisée dans l’accompagnement clinique, en groupe et en individuel à l’aide d’outils issus de pratiques thérapeutiques expressives, symboliques et créatives. 

Module 13 : Ethique et déontologie du psychotraumatologue en ce compris le traumatisme vicariant (14 et 15 février 2020) - 10 h

(descriptif du module à venir)
Adélaïde Blavier, docteur en science psychologiques, DES en expertise psychologique, chargée de cours à l'Université de Liège.

 

Christian Mormont, Professeur honoraire de l'Université de Liège. 


Formulation de cas, plan de traitement et préparation au mémoire (mars et mai 2020) 2 x 6 h


 2 Journées de préparation sur la question de la revue de la littérature scientifique , du diagnostic clinique, de la stabilisation et de la confrontation.

Le cadre de la formation prévoit 2 journées de préparation durant lesquelles des superviseurs encadreront les participants pour les aider dans leur travail de fin d'étude. 

Plus d'info: contactez-nous via info@bipe.be

Equipe en charge de la formation


Responsable académique à l'Université de Liège : Adelaide BLAVIER   

Responsables et coordinateurs de la formation pour BIP : Fabrice VANDENBUSSCHE, Manoëlle HOPCHET et Samira KHOLTI 

L'EXPERIENCE TRAUMATISANTE

Chacun d'entre nous  peut être amené à vivre différents types d'expériences traumatogènes : 
Une expérience exceptionnelle qui porte atteinte à notre sécurité de base comme un grave accident, un viol, une attaque à main armée, une catastrophe technologique...
Ces événements tragiques s'accompagnent de la mort, d'un danger de mort, de blessures graves, ou encore d'une menace envers l'intégrité physique. 
Ces expériences dont on peut être victime ou témoin sont souvent accompagnées d'une peur intense, d'un sentiment de détresse ou d'horreur. Une grande majorité des personnes reviennent à une vie normale quelques jours ou quelques semaines après l'événement. Certaines, pour des raisons spécifiques, développent des symptômes post-traumatiques qui nécessitent un traitement psychothérapeutique.
Une expérience humaine difficile qui met à mal nos référents habituels comme un divorce, la mort d'un proche, un harcèlement, un échec majeur, une maladie...

Ces événements inattendus, violents, subis qui font irruption dans la vie psychique d'une personne et la désorganise temporairement peuvent également s'avérer traumatisants. Ici encore, si la plupart des personnes dépassent l'obstacle sans aide spécifique, certaines situations nécessitent une démarche thérapeutique.
Enfin, certain(e)s ont une histoire plus douloureuse que d'autres : ils ont par exemple eu à subir un manque d'attention parental ou des abus sexuels pendant leur enfance, ils ont participé à des actions de guerre, ont été emprisonnés ou ont été torturés...bref ils ont été particulièrement malmenés. Ils ont vécu des situations de grande souffrance et de grand désespoir. Ces expériences choquantes souvent multiples et prolongées ont probablement eu des répercussions sur l'évolution de leur personnalité et ont souvent laissé des traces. Si la personne le souhaite, une démarche thérapeutique est également possible ici.
Les deux premiers types d'expériences traumatogènes, généralement vécus une seule fois, peuvent mener à ce qu'on peut appeler   des « traumatismes simples ». Les expériences choquantes de la dernière catégorie, répétées, inscrites dans l'enfance ou prolongées dans le temps peuvent conduire à des  « traumatismes complexes ».


CONSEQUENCES POSSIBLES D'UNE EXPERIENCE TRAUMATOGENE

Le stress aigu

Durant l'événement, dans les jours ou les semaines qui suivent, la personne peut présenter un ou plusieurs des symptômes suivants :

-    Elle est « coupée » de ses émotions, des autres, du monde qui l'entoure surtout après l'événement : elle peut vivre une sorte de torpeur, de détachement, avoir une impression de « non réel » ; elle peut être incapable de se souvenir d'un aspect important de l'expérience ...
-    Elle « revit » constamment l'événement traumatique : des images, des pensées, des rêves, l'événement lui-même, la douleur ou le sentiment de revivre l'expérience s'imposent périodiquement et provoquent de la détresse...
-    Elle évite ce qui peut lui rappeler l'expérience choquante : elle tente de ne plus entrer en contact avec les pensées, les conversations, les personnes ou les endroits liés à l'événement...
-    Elle est nerveuse et tendue : elle a des difficultés d'endormissement, un sommeil agité, manifeste une plus grande agitation, une certaine irritabilité, des difficultés de concentration, une réaction de sursaut exagérée...

-    Elle est perturbée dans sa vie relationnelle, sociale et/ou professionnelle : 
elle n'arrive plus à assumer comme avant ses obligations dans différents domaines importants de sa vie...

Ces symptômes liés à une grande anxiété peuvent apparaître immédiatement ou quelques mois après l'événement choquant. Certaines personnes exposées n'en éprouvent aucun, d'autres les vivent tous et chacun à des degrés différents.

Ces réactions sont des réponses normales à des événements anormaux ; elles s'effacent naturellement pour la plupart des personnes dans les semaines qui suivent l'événement.


L'état de stress post-traumatique

Si les symptômes du stress aigu persistent plus dun mois, on parle d'Etat de Stress Post-Traumatique (ESPT).

Comme le stress aigu, il est caractérisé par trois types de symptômes affectant considérablement la vie quotidienne :
-    la reviviscence des souvenirs de l'expérience traumatogène (souvenirs répétitifs et envahissants d'éléments du traumatisme, impression que l'événement va se reproduire, sentiment intense de détresse...) 
-    des évitements (pensées, sentiments, activités, situations liées, amnésie, détachement social, réduction des affects...)
-    une hyperactivité neurovégétative (difficulté de sommeil, sursaut exagéré, irritabilité, difficulté de concentration...)

Si ces symptômes persistent pendant plus de 3 mois, on parle de stress post-traumatique chronique.

S'ils se déclarent plus de 6 mois après l'événement traumatogène on parle de stress post-traumatique différé.

De manière générale l'ESPT se chronicise et perdure parfois plusieurs années pour environ 1/3 des personnes exposées à un événement choquant. Une thérapie est alors nécessaire pour se rétablir.


Les troubles associés

80% des personnes souffrant d'un ESPT présentent également un ou plusieurs autres troubles, contre seulement de 35 à 50 % des personnes ne souffrant pas d' ESPT. Il s'agit surtout de troubles dépressifs et anxieux mais également des problèmes physiques comme la fatigue chronique ou la fibromyalgie, de l'abus d'alcool ou de drogues, de problèmes sexuels, de troubles de l'alimentation...
Ces troubles sont parfois si envahissants qu'ils occultent la reconnaissance de l'état de stress post-traumatique et ne permettent plus de faire le lien entre le malaise et l' événement traumatique.


Quelques données concernant l'ESPT

Selon les auteurs, de 60% à 90 % des gens sont amenés à vivre un événement choquant au cours de leur vie.

L'état de stress post-traumatique (ESPT) survient en fonction de la nature de l'événement et des caractéristiques de chaque personne.

A titre d'exemple, une étude sur des bosniaques survivants des camps de concentration serbes estime à 33% la prévalence d'ESPT, 3 mois après leur libération. Une étude menée au Canada sur une population d'adolescents hospitalisés montre que 42 % de ces patients souffrent d'un état de stress post-traumatique et met notamment en évidence une forte corrélation avec des antécédents d'abus. Une étude de E. Foa montre que 94% des personnes ayant subi un viol souffrent de stress aigu après 1 semaine, 65 % après 1 mois et qu'après 6 mois 41 % ont développé un état de stress post-traumatique. Les abus sexuels sont les événements qui engendrent proportionnellement le plus d' ESPT.

De manière générale les femmes courent deux fois plus de risque de développer un ESPT, notamment parce qu'elles sont plus exposées aux agressions sexuelles.

Les études montrent que les états de stress post-traumatiques concernent de 1 à 10 % de la population générale (selon la procédure d'investigation et l'échantillon choisi). Pour la Belgique la prévalence serait de 5 % pour les hommes et de 10,4 % pour les femmes (Prof.Dr. Benjamin Fischler), ce qui engendre un taux extrêmement important de consommation médicales et d'incapacité de travail. En fait l'ESPT semble constituer un énorme enjeu de santé publique.

La fréquence des troubles psychotraumatiques est telle que certains auteurs parlent d'épidémie cachée. La recherche d'antécédents traumatiques devrait par conséquent faire partie de tout bilan clinique.


Les troubles de la personnalité

Un grand nombre d'études empiriques soutiennent l'hypothèse que les traumatismes dans l'enfance et le développement des troubles de la personnalité sont étroitement liés. Les personnes ayant reçu le diagnostic d'un trouble de la personnalité ont vécu un pourcentage élevé d'expériences de maltraitance et d'abus. La probabilité de développer un trouble de la personnalité est significativement plus élevé lorsque il y a des expériences d'abus de violence ou sexuel dans l'enfance. 
Il ne faut pas oublier la nature hétérogène des troubles de la personnalité. Ainsi, les événements choquants dans l'enfance ne constituent qu'un facteur de risque important à côté d'autres dans le développement des troubles de la personnalité et les facteurs génético-constitutionnels ne doivent pas être oubliés.
Les expériences traumatogènes chroniques dans l'enfance et l'adolescence comprennent des événements comme la maltraitance physique et/ou des abus sexuels et à partir de là une multitude de microtraumas qui sont cumulatifs, que souvent ne pas concrétisables mais qui ont des effets considérablement nuisibles  comme :
-    des dévalorisations et des exigences trop importantes et persistantes
-    des situations de solitude et/ou de manque de sécurité
-    des négligences émotionnelles
-    des comportements parentaux inconsistants ou négligents
-    des abus émotionnels
-    une multitude de séparation ou de pertes


COMPRENDRE LES SYMPTÔMES POST-TRAUMATIQUES

Subissant un événement choquant (par exemple un incendie fulgurant, la menace d'une arme, une relation forcée...), la victime est tant dans l'impossibilité de fuir que de s'en défendre. Elle est en proie à un terrible sentiment d'impuissance, à la peur ou à l'horreur. Elle craint pour son intégrité et sa vie ou celle d'autrui.


GUERIR D'UNE EXPERIENCE TRAUMATOGENE

Stabiliser

En cas de traumatisme physique grave, comme lors d'un accident de roulage, la première nécessité est de stabiliser le patient, d'assurer ses fonctions vitales, de permettre à son organisme de revenir à un fonctionnement vital suffisant avant d'envisager des soins plus spécifiques.

Pour un traumatisme psychique, la priorité est identique : permettre à la personne de récupérer, de se renforcer, de retrouver un contrôle sur ses émotions, un équilibre et une sécurité existentielle suffisante.

Après avoir été bousculée par un événement choquant, toute personne peut passer par des moments d'hyperactivation (flashback, panique, colère, anxiété...) et par des moments d'hypoactivation (réaction dépressive, isolement social, évitements,...). Pour rappel, ces réactions sont normales, c'est l'événement traumatogène qui est anormal.

Si l'intensité et la fréquence de ces réactions persistent après plusieurs semaines, il est indiqué de consulter un professionnel.

La première tâche du thérapeute consiste à aider à retrouver une nouvelle stabilité par rapport aux besoins physiques (prendre soin de son corps, être éventuellement aidé par une médication...), aux besoins sociaux (être réellement en sécurité, être en relation, se remettre en projet...) et aux besoins psychologiques (reconnecter ses ressources, retrouver l'estime de soi, l'énergie, l'espoir...). Recouvrer la confiance et le contrôle de ses émotions est essentiel.

Ayant réduit les symptômes, retrouver des ressources et un équilibre suffisant grâce au travail de stabilisation, la personne renforcée peut alors se confronter à nouveau à l'événement traumatique afin de l'intégrer à sa vie.


Debriefer un groupe

Si un groupe a vécu un événement traumatique, il peut être indiqué que ses membres se rencontrent pour tenter, ensemble, de remettre les choses à leur juste place. Les séances de « débriefing » sont animées par des professionnels formés à cette technique. L'objectif, ici encore, est de permettre aux personnes exposées à un événement choquant de retrouver le contrôle d'elles-mêmes grâce notamment aux interactions avec les autres. C'est un premier travail de stabilisation en groupe.
A titre d'exemple, en cas de suicide d'un jeune dans une école, les personnes qui ont assisté à l'événement et/ou les camarades de classe peuvent être invités à parler ensemble de l'événement, de leurs réactions et recevoir une information sur la situation vécue, sur ses conséquences possibles ainsi qu'une invitation à être aidés individuellement.


Guérir d'un traumatisme simple par une thérapie EMDR

L' « Eye Movement Desensitization and Reprocessing »  (EMDR) a été élaborée fin des années 80 par Francine Shapiro, docteur en psychologie aux Etats-Unis. Depuis, les effets thérapeutiques l'EMDR dans le traitement  de stress post-traumatiques ont été démontrés par une quinzaine d'études scientifiques contrôlées. Quelques séances d'EMDR suffisent en général pour voir disparaître les symptômes d'un traumatisme simple.
Il semblerait que l'événement traumatique soit stocké de manière fragmentée dans la mémoire ; les images, les sons, les pensées, les sensations corporelles et les tonalités émotionnelles, sous l'impact du traumatisme, auraient été comme déliés et resteraient non intégrés aux autres réseaux mnésiques. Le vécu de l'événement choquant serait comme « gelé » dans des réseaux mnésiques parallèles. L'EMDR, en stimulant un processus naturel d'autoguérison, permettrait à l'organisme d'intégrer ces traces mnésiques. Au cœur du processus, le souvenir traumatique est récontacté tandis que le thérapeute exerce une stimulation « bilatérale » (à gauche et à droite) visuelle, tactile ou sonore. L'événement traumatique devient un souvenir et s'inscrit dans l'histoire de la personne comme un fait accompli. La reviviscence de l'expérience vécue s'arrête, sa charge émotionnelle négative disparaît ainsi que les autres symptômes associés. L'EMDR est utilisé dans un cadre défini, au moment opportun par un professionnel averti.


Guérir d'un traumatisme simple par une thérapie cognitivo-comportementaliste

Selon les études comparatives sur l'efficacité des thérapies, l'EMDR et la thérapie cognitivo-comportementaliste (TCC) obtiennent les meilleurs résultats dans le traitement de l'état de stress post-traumatique. L'EMDR s'inspire d'ailleurs en partie de l'approche cognitivo-comportementale bien que leurs méthodes de traitement respectives soient radicalement différentes.
L' approche TCC intervient surtout au niveau du fonctionnement cognitif. Selon elle, la manière dont je pense détermine comment je me sens et influence ce que je fais. L'événement traumatique engendre des erreurs de jugement et d'appréciation de la réalité. Il existe plusieurs formes de « distorsions cognitives » : la généralisation abusive (par exemple « je ne serai plus jamais en sécurité »), le rejet du positif, les conclusions hâtives... La « restructuration cognitive », à travers un ensemble de questionnements, d'exercices et de confrontations progressives à l'événement traumatique va permettre de corriger les perceptions inadéquates, de voir disparaître les symptômes et de retrouver une nouvelle sérénité.


Grandir par l'intégration du traumatisme

Déjà Janet, un contemporain de Freud, avait mis en évidence trois phases dans la guérison du trauma : la stabilisation, l'exposition et l'intégration. Après avoir réduit les symptômes, il s'agit de faire le deuil de la situation antérieure au traumatisme, de donner un sens à l'événement, de l'intégrer dans son histoire personnelle, d'apprendre à en gérer les séquelles et de réorienter va vie vers de nouveaux horizons. Certains thérapeutes constatent qu'après intégration, le chaos, la rupture, la perte de lien engendrés par l'événement traumatique ouvrent à une conscience plus profonde, à une plus grande intelligence et à plus de sagesse, à un lien resserré avec nous-mêmes, les autres et le monde. C'est peut-être ce qui fait dire à Cyrulnik, initiateur francophone de la notion de résilience, que l'amour ne peut se développer que si nous avons connu la souffrance...


Georges De Bundel
Manoëlle Hopchet

Lebeke 73
9450 HAALTERT

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